Aux États-Unis, la communauté du poker est en ébullition. Une nouvelle règle fiscale, déjà surnommée le « gambling tax », bouleverse la façon dont les joueurs, professionnels comme amateurs, doivent déclarer leurs gains. Lors d'une récente audience organisée par l'IRS, l'administration fiscale américaine, professionnels et observateurs du secteur ont exprimé haut et fort leur inquiétude face à ce qu'ils considèrent comme une injustice fiscale majeure.
Cette mesure a été intégrée au fameux Big Beautiful Bill (officiellement le One Big Beautiful Bill Act, ou OBBBA), adopté en juillet 2025, avant d'entrer officiellement en vigueur en janvier de cette année. Concrètement, la loi limite désormais la déduction des pertes de jeu à seulement 90% des gains totaux réalisés. En clair, un joueur peut se retrouver imposé sur 10% de ses gains bruts, même s'il n'a dégagé aucun profit net sur l'année, une aberration comptable que les critiques qualifient de taxation sur un « revenu fantôme ».
Sur douze intervenants prévus lors de l'audience de l'IRS, dix se sont présentés pour détailler l'impact dévastateur de cette réforme. Parmi eux, la représentante démocrate du Nevada Dina Titus a alerté sur le risque de voir les joueurs fuir vers des marchés offshore non régulés. La journaliste spécialisée Sara O'Connor a de son côté souligné que la règle punit paradoxalement l'honnêteté et le volume de jeu, incitant certains à ne plus déclarer leurs revenus. Le créateur de contenu Joshua Thatcher a quant à lui averti que ces limites sévères pourraient pousser davantage de parieurs vers des pratiques illégales et non traçables.
La professionnelle de poker Katie Stone a apporté un témoignage particulièrement marquant, rappelant les conséquences du Black Friday de 2011, cet événement qui avait fermé le poker en ligne aux États-Unis et contraint de nombreux joueurs, dont sa propre famille, à s'expatrier. Selon elle, la pression financière imposée par cette nouvelle taxe pourrait à nouveau pousser des citoyens pourtant en règle avec le fisc à quitter le pays. De son côté, le watchdog Todd Witteles a plaidé pour un report de l'application de la loi, le temps de clarifier le sort des dépenses professionnelles légitimes, comme les frais de déplacement ou les buy-ins de tournois, qui selon lui ne devraient pas être soumis au même plafond de 90%.
La contestation dépasse d'ailleurs largement le seul milieu du poker. Dans une lettre datée du 11 mai, le président de l'UFC Dana White a lui-même exhorté Donald Trump à faire pression sur le Congrès pour abroger cette disposition, estimant qu'elle rend irrationnel tout pari aux États-Unis puisqu'un parieur peut finir par devoir des impôts supérieurs à ses gains réels de l'année.
Un exemple concret, publié puis supprimé sur Twitter par un utilisateur, a largement circulé pour illustrer l'absurdité du système en s'appuyant sur les résultats publics de Daniel Negreanu lors des huit derniers WSOP. Selon ce calcul, malgré environ 9,74 millions de dollars de gains cumulés en tournois et un profit net estimé à seulement 160 000 dollars sur huit ans, Negreanu se retrouverait théoriquement imposé sur près de 900 000 dollars de revenu fantôme, soit une facture fiscale avoisinant les 300 000 dollars pour un bénéfice réel bien moindre.
Pour l'instant, l'IRS se contente d'appliquer la loi votée par le Congrès, sans pouvoir l'abroger de son propre chef. Mais la pression exercée par les joueurs, les élus et désormais des figures extérieures au poker comme Dana White semble grandir de jour en jour. Cette audience marque probablement le premier épisode d'une bataille qui s'annonce longue pour obtenir une réforme plus équitable de la fiscalité du jeu aux États-Unis.

