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Vera Richmond, la joueuse effacée de l'histoire du WSOP

En 1982, Vera Richmond devenait la première femme à s'imposer dans un événement ouvert du WSOP (World Series of Poker, la plus prestigieuse série de tournois de poker au monde). Son nom fut pourtant retiré des registres officiels, l'organisation la jugeant trop détestée, avant d'être réintégré grâce à l'intervention d'une autre championne.

Image d’illustration, sans lien avec les personnes citées.

Il existe un cas unique dans l'histoire du poker : celui d'une joueuse qui n'a disputé qu'un seul tournoi recensé par Hendon Mob, la base de données de référence du circuit, et qui en est repartie avec un bracelet, le trophée remis au vainqueur de chaque épreuve du WSOP. Cette joueuse s'appelle Vera Richmond, et son histoire a longtemps été gardée sous silence.

En mai 1982, Richmond remporte l'épreuve à 1 000 dollars de buy-in (droit d'entrée) en Ace-to-Five Draw limit, une variante de poker fermé aujourd'hui tombée en désuétude. Soixante-dix-sept joueurs s'étaient inscrits, huit d'entre eux étant rémunérés, et c'est Richmond qui empoche le premier prix, soit 38 500 dollars. Elle devient ainsi la première femme à décrocher un bracelet dans un événement ouvert du WSOP, c'est-à-dire une épreuve accessible à tous, hommes et femmes confondus, par opposition aux tournois réservés exclusivement aux joueuses.

Mais cette performance historique a bien failli ne jamais apparaître dans les livres de records. C'est Linda Johnson, elle-même troisième femme à avoir remporté un bracelet en événement ouvert, qui a révélé l'affaire sur le podcast The Grid, animé par Jennifer Shahade. Selon elle, l'organisation du WSOP aurait tout simplement supprimé le nom de Richmond de ses archives, estimant que la joueuse était trop impopulaire auprès des autres compétiteurs.

Johnson raconte avoir interrogé directement des responsables du WSOP sur cette disparition. On lui aurait répondu en une phrase crue, justifiant ce retrait par le tempérament difficile de Richmond. Johnson dit avoir répliqué qu'il existait pourtant de nombreux hommes peu appréciés ayant eux aussi remporté des bracelets sans que leur nom soit effacé pour autant, et qu'il fallait donc réintégrer celui de Richmond. Son intervention a fini par porter ses fruits, puisque le nom de la joueuse a bien été restauré dans les registres officiels.

Johnson décrit une femme au langage fleuri, dotée d'une fortune personnelle et peu encline à se laisser marcher sur les pieds par ses adversaires masculins, dans un milieu alors très largement dominé par les hommes. Ce portrait est toutefois à nuancer selon Perry Green, aujourd'hui âgé de 90 ans et toujours actif sur le circuit du WSOP : il avait terminé quatrième de l'épreuve remportée par Richmond en 1982, et garde d'elle un souvenir plus mesuré, estimant qu'elle devait sans doute se montrer plus dure qu'elle ne l'était réellement pour s'imposer dans cet environnement.

L'épisode interroge sur la manière dont le poker des années 1980, un sport encore jeune et très masculin aux États-Unis, a pu traiter les joueuses qui refusaient de rester en retrait. Près de quarante-cinq ans plus tard, l'histoire de Vera Richmond refait surface comme un symbole : celui d'une pionnière presque rayée de la mémoire collective du jeu, sauvée de l'oubli par la solidarité d'une autre femme du circuit.

D’après Poker.org. Synthèse rédigée par la rédaction de Poker Players Arena.

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